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Analyses / études
Formation au journalisme | Transmission journalistique

Transmission de l’éthique professionnelle des journalistes en France

par Nathalie Dollé

Quelques données factuelles en préambule :

* La grande majorité des 37 000 journalistes possédant une carte professionnelle et travaillant en France n’a pas reçu de formation spécifique. La profession recouvre de nombreux métiers et les façons d’y entrer sont multiples. Mais les journalistes ayant suivi une formation se retrouvent avant tout dans les grands médias traditionnels (les chaînes de télévision et les réseaux de radios nationales, les quotidiens et hebdomadaires nationaux de politique et d’information générale, les quotidiens régionaux).

* Paysage de la formation au journalisme en France :
- Les centres de formation français et reconnus par la profession sont au nombre de 12 établissements à la fin 2008. Ils se divisent selon leurs régions géographiques (avec le clivage habituel Paris/province), leur ancienneté (l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille a plus de 80 ans, d’autres n’ont que quelques années d’existence), le niveau de recrutement (baccalauréat pour l’IUT de Lannion, deux années d’études supérieures pour le Celsa à Paris), le diplôme de sortie (master professionnel pour le Cuej de Strasbourg, DUT pour Tours).

- Les centres de formation non reconnus 70 écoles privées ou pôles universitaires mélangent en général les cursus d’information et ceux de communication. Parmi eux, 8 viennent de demander l’agrément.

* Les critères de reconnaissance La Commission Nationale Paritaire pour l’Emploi des Journalistes (CNPEJ) attribue ou retire l’agrément de la profession au centre de formation initiale. Sur 3 recommandations et 10 critères de reconnaissance, un seul alinéa du sous-critère « règles du métier » mentionne le nécessaire apprentissage des « droits et devoirs des journalistes, éthique de l’information (déontologie, rigueur du traitement de l’information, protection et contrôle des sources…) ».

* La déontologie, la responsabilité, l’éthique professionnelle, quelque soit le nom qu’on lui donne, est pourtant depuis peu devenue une préoccupation « dans l’air », c’est un fait nouveau. La Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels (CCIJP), le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) ou le principal syndicat d’une profession très peu syndiquée (le Syndicat National des Journalistes - SNJ) se penchent d’une façon ou d’une autre sur cette thématique, en envisageant d’en devenir partie prenante ou en affirmant l’avoir toujours été. La crise structurelle et la crise de contenu que subit la presse, la montée d’un débat sur sa « redevabilité » et sur sa qualité n’y sont évidemment pas étrangers.

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Le pôle France/Europe de l’alliance internationale de journaliste mène un chantier sur la transmission de l’éthique professionnelle, en collaboration avec les autres pôles régionaux de l’alliance et avec le réseau Théophraste (qui réunit différents centres francophones de formation au journalisme). Un livret de la collection « journalisme responsable » traitera de ce sujet. Il paraîtra au printemps 2009.

Une journée d’atelier national a été organisée le 16 septembre 2008. L’ensemble des écoles françaises reconnues ont accepté de se retrouver pour échanger sur leur conception et leurs pratiques en terme d’enseignement d’éthique professionnelle. Une grande première.

Les principaux constats :

Tous les centres de formation annoncent assurer des cours « d’éthique professionnelle ».

Les approches sont multiples : quelques uns ont mis en place des cours spécifiques assurés généralement par des médiateurs de presse ; la majorité affirme que les questionnements touchant à l’éthique professionnelle sont distillés dans l’ensemble des cours, en étant abordés à partir des exercices pratiques menés par les étudiants. Certains centres de formation passent avant tout par le prisme du droit (général et de la presse en particulier), d’autres choisissent une approche davantage déontologique, sociologique voire philosophique… La formation peut encore se faire sous forme d’ateliers interactifs mais aussi sous forme de mémoire, au cours de débriefing de stage ou de présentation d’une revue de presse.

Les débats et échanges à poursuivre. Il est clair que la question de la transmission de l’éthique professionnelle des journalistes renvoie au débat fondamental sur la nature même de la « fonction journalistique », sur la nécessité d’une formation pour exercer un métier à responsabilité sociale forte, sur les relations avec les rédactions qui oublient souvent et même piétinent les valeurs défendues en formation initiale…

Il n’est pas inintéressant de noter que la revendication de la prise en compte des questionnements d’éthique professionnelle semble aller de pair avec une prise en compte plus grande du « public ».

Nous sommes sans doute dans une période de transition : Les étudiants veulent souvent avoir des réponses toutes faites, du « prêt à penser » immédiatement utile. Les journalistes-formateurs doivent se « professionnaliser » par rapport à ces questions, particulièrement en se plongeant dans les textes normatifs qu’ils n’utilisent guère dans leur pratique pédagogique. Les formateurs non-journalistes manquent en revanche du « vécu de terrain » nécessaire. Les rédactions doivent de leur côté se réapproprier ces questionnements.

Il semble encore que dans la période de mutation et de déstabilisation actuelle de la presse, l’éthique professionnelle soit un des éléments fondamentaux d’une profession très ébranlée. Tous les centres de formation s’accordent sur la nécessité d’y revenir comme à une valeur sûre. Pour retrouver une crédibilité mise à mal, pour ne pas se perdre dans la nébuleuse des nouvelles technologies ou du « tous journalistes ».

Il faut néanmoins constater qu’aujourd’hui, la formation continue des journalistes s’intéresse presque exclusivement à la technique aux dépens de l’éthique.

Autre constat : Selon Jean-Marie Charon, sociologue des médias, les quelques tentatives d’échanges entre diverses professions à responsabilité sociale importante (telle que la santé), sur les questions ou interrogations éthiques, n’ont jusqu’ici pas été concluantes. En revanche, une première initiative de croisement a été lancée le 15 octobre dernier par la FPH, réunissant plus d’une vingtaine de ses partenaires de différentes provenances : alliances socioprofessionnelles, monde de la recherche académique, grandes écoles, syndicats, etc. L’enseignement de la responsabilité concernait tous les participants qui se sont proposés de structurer un espace de mutualisation de leurs expériences et de mener ensemble plusieurs actions communes dans les mois à venir.

Les Etats Généraux de la presse écrite, en cours et qui réunissent à la fois des journalistes et des patrons de presse, proposent le principe d’une formation minimale de quelques jours ou semaines pour tous les journalistes n’étant pas passés par un centre de formation au journalisme. La dite formation minimale intègrerait cette dimension d’éthique professionnelle. A voir d’abord si cette proposition sera retenue en fin de processus des Etats Généraux, ensuite comment elle sera entendue et éventuellement mise en application ; parce que « l’éthique professionnelle » peut aussi être considérée comme un ensemble de droits et de devoirs figés qui n’appellent pas à interprétation. L’éthique demande une pause et un recul qui sont de moins en moins accordés.

Décembre 2008

Date de publication 22 décembre 2008
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